C'est au flair que les habitants d'Apucarana, ville de l'Etat du Parana au Brésil, reconnaissent l'arrivée du livreur de journaux. Le pot d'échappement de sa vieille Jeep lâche des effluves de poulet grillé. La hausse du prix du diesel à la pompe a décidé João Claudio Plath à mettre au point son propre mélange de carburant, après avoir passé des heures sur Internet et avalé nombre d'ouvrages sur la question. Un ami professeur de biochimie l'a aidé à peaufiner sa mixture.
Sa matière première ? De la graisse stockée dans ce que l'on appelle ici les « télévisions pour chiens », les rôtisseries à poulets, et récupérée chez les commerçants de la région. Il la mélange ensuite avec de l'alcool, de la soude caustique et du méthanol dans sa machine à laver pendant vingt minutes. Il fait ensuite décanter la mixture au soleil avant de faire le plein, qui lui coûte désormais quatre fois moins cher. Depuis deux ans, le moteur de sa voiture ronronne sans accroc et son rendement n'a pas sourcillé : 10 km par litre de « pouletdiesel » en zone urbaine. La plus grande fierté pour João est cependant d'avoir trouvé une alternative au combustible fossile, qu'il qualifie d'« instrument de torture de l'écosystème ». Au Brésil, seuls les camions, bus ou véhicules utilitaires roulent au diesel, interdit aux voitures particulières.